Corporate, le film inspiré du scandale France Télécom, sorti au cinéma le 5 avril 2017

Les prémices de l'affaire:

En octobre 2006, le PDG de France télécom Didier Lombard annonçait les nouveaux objectifs de la firme : d’ici 3 ans, 22 000 salariés devaient être licenciés et 14 000 autres devaient changer de poste. Il explique ses intentions par cette seule phrase : « je ferais (ces départs) d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte ». Le DRH (directeur des ressources humaines) Olivier Barberot confirmait cette volonté de l’entreprise.

Les conséquences de ses décisions furent catastrophiques puisque 60 personnes se sont suicidées pendant ces 3 ans de restructuration dont 35 entre 2008 et 2009. Le syndicat de l’entreprise déposa plainte contre la direction évoquant « les méthodes de gestion d’une extraordinaire brutalité ». C’est le juge d’instruction Pascal Grand qui a mené l’enquête en interrogeant les employés, vérifiant tous les courriers et mails, déchiffrant des présentations et autres documents. En 2016 le bilan tombe : 7 dirigeants de France télécom doivent être envoyés devant un tribunal correctionnel : le PDG, son bras droit et le DRH comparaitront pour « harcèlement moral », les directeurs régionaux et leurs DRH comparaitrons eux pour « complicité de harcèlement moral ».

La méthode mise en place

Tout était mis en place pour mettre « la pression » aux employés : affecter les mère de famille à des postes à plus de 2h de route de leurs domiciles, donner des responsabilités inférieur à celles qu’occupait l’employé précédemment, « oublier » des salariés lors d’un déménagement des services, les laissant sans bureau ni chaise, l’envois de courrier pour une réorientation professionnels avec à la clé subventions et aides de tout genre… une situation qui semble improbable.

Ces pratiques ce sont généralisées et étendu à tous les employés et  à toutes les sections « Ces dégradations ont concerné tous les salariés de tous les établissements du groupe dans lesquels était recherchée ou pratiquée la déstabilisation des salariés (…) propice à accélérer la déflation d’effectifs et les mobilités». L’avocat du syndicat SUD-PTT Jean-Paul Teissoninière affirme « cette machine était une machine de destruction massive ».

Le film de Nicolas Silhol

Aujourd’hui, c’est Nicolas Silhol qui s’attaque à ce sujet brulant, dans son film « Corporate ». Le principe est simple : « Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une "killeuse". Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ? ».

Le réalisateur s’est exprimé sur les point importants qui ont débouché à la création de ce long métrage, il explique notamment « comme beaucoup d’entre nous, j’ai été frappé par la série de suicides chez France Télécom. Je découvrais qu’un certain système de "management par la terreur" pouvait réellement détruire des vies et des individus. Le cynisme du PDG de France Télécom, déclarant qu’il fallait mettre un terme à cette "mode du suicide", m’avait particulièrement choqué. Comme si c’était ceux qui souffrent qui étaient responsables… ».

La question qui restait pourtant sans réponse et qui a motivé l’écriture de ce scénario et bien celle des conséquences : « Ce sont les questions juridiques et éthiques qui m’intéressaient avant tout, pas le quotidien de l’entreprise. J’ai donc surtout enquêté auprès des inspecteurs du travail. C’est par leur prisme que j’ai découvert tous ces outils de management – la courbe du deuil, la mobilité forcée, l’évaluation comportementale... Comment prouver un lien de causalité entre le suicide d’un salarié et ses conditions de travail ?».

Allez voir le film de Nicolas Silhol, en salle depuis le 5 avril 2017. Monté sous forme de thriller, la pression monte grâce à l’ambiance créée dans ce film, qui se présente sous forme « d’une radioscopie des rapports humains en entreprise ».