Publiée le 03 Apr 2025 11:27
Face aux impacts environnementaux et sociaux alarmants de la mode ultra-rapide, la France se positionne en pionnière avec une législation visant à réguler ce secteur. Cette loi, surnommée "anti-Shein", cible spécifiquement les géants du commerce en ligne qui inondent le marché de vêtements bon marché et éphémères.
Adoptée par l'Assemblée nationale en mars 2024, la loi doit encore être examinée par le Sénat le 19 mai. Initialement, elle prévoyait des sanctions financières allant jusqu'à 50 % du prix de vente des articles concernés ainsi qu’une interdiction totale de la publicité pour ce type de produits.
Cependant, les révisions apportées par le Sénat ont suscité des inquiétudes quant à son efficacité réelle.
Le texte législatif redéfinit la notion de mode rapide en mettant en avant trois critères principaux :
Les associations écologistes dénoncent une approche trop restrictive, qui pourrait exclure certains acteurs européens de la régulation et concentrer les sanctions uniquement sur des entreprises comme Shein et Temu, laissant de côté d’autres groupes tels qu’Inditex et H&M.
L’une des propositions les plus controversées concernait l’interdiction totale de la publicité pour la fast fashion. Toutefois, après révision, cette restriction ne s’appliquera qu’aux campagnes menées par des influenceurs, laissant aux marques traditionnelles une plus grande marge de manœuvre.
Cette modification est critiquée par les défenseurs d’une mode durable, qui estiment que les grandes enseignes continuent d’exploiter des pratiques discutables tout en échappant à des mesures plus strictes.
Les entreprises françaises du prêt-à-porter, représentées par la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin, plaident en faveur d’une réglementation plus stricte pour garantir une concurrence loyale.
Selon Yann Rivoallan, président de la Fédération, la fast fashion ne se contente pas d’abîmer l’environnement, mais favorise également des conditions de travail précaires et une fiscalité opaque qui désavantage les entreprises locales.
L’objectif ultime de cette loi est d’inciter à une transition vers une mode plus éthique et durable. En promouvant l’économie circulaire et en encourageant la production de vêtements conçus pour durer, la France pourrait poser un cadre réglementaire novateur à l’échelle européenne.
Toutefois, l’issue du vote au Sénat reste incertaine. Les amendements adoptés détermineront si cette loi marquera un véritable tournant dans l’industrie textile ou si elle restera un simple signal politique sans réel impact sur la consommation et la production de masse.
Le 19 mai sera donc une date clé pour l’avenir de la mode en France, et possiblement un exemple à suivre pour d’autres pays souhaitant encadrer plus fermement les dérives de la fast fashion.